Maroc : Montée des crédits de trésorerie et des découverts bancaires illustrant la fragilité de nombreuses PME
Du premier au troisième trimestre 2025, les banques ont décaissé 248 milliards de dirhams (MMDH) sous forme de découverts et crédits de trésorerie. C’est un chiffre qui illustre toute la fragilité des petites et moyennes entreprises, condamnées à « faire la manche » auprès de leurs banquiers pour honorer les échéances de fin de mois. Malgré la menace de pénalités et l’obligation de transmettre la liste des débiteurs défaillants au fisc, l’amélioration des délais de paiement est encore trop lente.
Les crédits de trésorerie et les découverts donnent une certaine photographie des difficultés des opérateurs économiques à honorer leurs engagements auprès de leurs fournisseurs. Car moins les entreprises encaissent leurs factures à temps, plus elles sollicitent des facilités de caisse et des avances d’argent auprès des banques. Elles ne tiennent que grâce à la perfusion de ces derniers et aux dépassements récurrents de découverts, sachant qu’il est devenu presque impossible d’escompter une « traite » auprès de son banquier, à moins qu’elle n’ait été tirée par une société à la signature crédible.
Selon les données de Bank Al-Maghrib, l’année 2025 pourrait donc battre tous les records avec un montant de crédits de trésorerie de 248 MMDH à fin septembre. C’est plus du double du montant enregistré il y a quinze ans, plus précisément en 2010. Et cela ne tient pas qu’à la nécessité d’une gestion active des entrées et sorties d’argent.
Dans la plupart des PME, les échéances de fin de mois, notamment le paiement des cotisations CNSS, du versement de la retenue de l’IR sur salaires au fisc, voire le paiement des salaires, tournent à une crise d’angoisse pour les dirigeants. Le seuil psychologique de 200 milliards de DH de crédits de trésorerie a été franchi il y a cinq ans (204,4 MMDH en 2020). Sans cette « perfusion bancaire », il est impossible de tenir dans un environnement pollué par les retards de paiement.
Tous ces comptes dans le rouge, ou en dépassement du découvert, génèrent des revenus aux banques sous forme d’agios. Depuis vingt ans, le montant des découverts a grossi de 147 MMDH. Cette progression ne tient pas qu’à l’effet d’un accroissement « naturel », ni à la gestion active de la trésorerie.
L’une des explications principales est à chercher dans les délais de paiement qui continuent d’étrangler les PME jusqu’à pousser certaines au bord de la faillite. Toutes les enquêtes le confirment d’ailleurs : le chiffre d’affaires en souffrance à l’extérieur est une des principales causes de la défaillance, voire de la faillite des PME. Les milliers d’entreprises qualifiées d’« inactives » dans le registre de l’administration fiscale sont mortes en réalité, mais elles ne sont pas passées par la procédure judiciaire.
Les lignes sont en train de bouger, tempère un professionnel des chiffres à propos des délais de paiement. « Les mauvais payeurs historiques, souvent des grandes entreprises, se précipitent pour se conformer à la loi par crainte de pénalités dues désormais au Trésor ». L’essentiel, c’est la dynamique qui s’installe dans le comportement, même si tout n’est pas parfait.
La sanction financière qui vise les contrevenants aux délais de paiement légaux ou contractuels est calculée sur la base du taux directeur de Bank Al-Maghrib. Elle s’applique dès la fin du premier mois de retard de paiement et, au-delà, il faut ajouter 0,85% par mois ou fraction de mois de mois supplémentaire. La base de calcul de la pénalité est le montant de la créance en souffrance.
Au sens de la réglementation fiscale, les délais de paiement courent à compter de la date d’émission de la facture. Celle-ci correspond au plus tard au dernier jour du mois de la livraison des marchandises, de l’exécution des travaux ou de la prestation de services requis.
Ce point d’apparence précis est pourtant une source permanente de discorde dans les marchés publics entre donneurs d’ordres et entreprises adjudicataires. Au cœur du litige, la date de réception du marché qui conditionne aussi les délais d’attente du règlement. Si historiquement, c’est le BTP qui concentrait ce problème, les prestations de service ont été « contaminées ». Les SSII marocaines fournissant des prestations informatiques au secteur public se plaignent souvent de cette « zone grise ».
À défaut, c’est-à-dire en cas de désaccord entre les parties, le délai de paiement commence à courir à partir de la fin du mois de la livraison de la marchandise, de l’exécution des travaux ou de la prestation de service requis ; ou du premier mois suivant celui des transactions lorsque les parties conviennent d’effectuer des opérations commerciales entre elles sur une périodicité ne dépassant pas un mois (ndlr : cas des abonnements aux services de fourniture d’eau, d’électricité, de téléphone, d’Internet ou de location).
L’autre disposition dissuasive est l’obligation de déclaration des clients défaillants. Elle concerne les personnes physiques et les entreprises réalisant un chiffre d’affaires de plus de 50 millions de dirhams. Elle devient trimestrielle à partir de l’exercice 2026. C’est un changement de « logiciel » qu’il va falloir intégrer.
Cette déclaration contient les informations suivantes : la « carte d’identité » de l’entreprise déclarante, la période concernée par la déclaration, le chiffre d’affaires global hors TVA au titre du dernier exercice, le montant total des factures TTC non payées dans les délais et le montant correspondant aux factures impayées totalement ou partiellement hors délai. À ces éléments s’ajoutent le montant des factures faisant l’objet de litiges judiciaires, ainsi que le montant de l’amende pécuniaire et éventuellement, des sanctions y afférentes.
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