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Bangui Financial Days : Comment la SFI veut transformer l’épargne locale en levier de croissance pour les PME de la CEMAC

Comment améliorer concrètement l’accès au crédit dans la Communauté Economique et Monétaire de l’Afrique Centrale (CEMAC) ? La question était au cœur des échanges organisés le 1er et 2 octobre 2026 à Bangui, en République centrafricaine, à l’occasion des Bangui Financial Days et des Journées du Banquier de la CEMAC. Dans cet entretien, Claude Owona, représentante régionale de la SFI pour les institutions financières en Afrique centrale et de l’Ouest, revient sur les obstacles qui freinent le financement des entreprises, les solutions que son institution propose et les initiatives en préparation, notamment pour développer les services financiers numériques.

Agence Ecofin : Quel est le principal enseignement que vous retenez des échanges de Bangui ?

Claude Owona : Le principal enseignement est que la région doit mieux relier les différents acteurs régionaux et locaux : banques, marchés financiers, investisseurs institutionnels, fintechs, institutions de développement et pouvoirs publics. Aucun de ces acteurs ne peut, à lui seul, répondre à l’ensemble des besoins de financement des entreprises et des infrastructures de la CEMAC.

La région dispose de capitaux et d’une épargne qui pourraient être davantage orientés vers l’économie réelle. Mais cela suppose des projets mieux préparés, des entreprises plus solides, des instruments de financement adaptés et un meilleur partage des risques. L’enjeu est donc de créer davantage de passerelles entre les projets, les institutions financières et les investisseurs afin de mobiliser des financements de plus long terme au service de la croissance et de l’emploi.

« L’objectif est de permettre aux établissements de crédit de mieux apprécier le potentiel réel des entreprises, au-delà des seules garanties traditionnelles. »

Agence Ecofin : Quel obstacle au financement des entreprises de la CEMAC faudrait-il lever en priorité ?

Claude Owona : L’un des principaux défis reste la disponibilité et surtout la qualité des informations financières permettant d’évaluer correctement le risque des entreprises, en particulier des PME. Des progrès importants ont été réalisés grâce au développement des infrastructures de crédit dans la région. Toutefois, la qualité, la fiabilité et l’utilisation effective des données financières peuvent encore être renforcées afin de faciliter une meilleure évaluation du risque par les établissements financiers.

Il faut donc agir sur plusieurs fronts : améliorer la qualité de l’information financière, renforcer les infrastructures de crédit, mieux préparer les entreprises à présenter des projets bancables et accompagner les établissements de crédit à accroître leur appétence au risque via des assistances techniques ciblées ou des mécanismes de partage des risques. L’objectif est de permettre aux établissements de crédit de mieux apprécier le potentiel réel des entreprises, au-delà des seules garanties traditionnelles.

« Les financements bancaires, les marchés financiers, les institutions de développement […] doivent intervenir de manière complémentaire, afin qu’aucun acteur ne porte seul l’essentiel du risque. »

Agence Ecofin : Comment mobiliser davantage l’épargne locale pour financer les entreprises et les infrastructures ?

Claude Owona : La région dispose d’un potentiel d’épargne important, notamment auprès des banques, des compagnies d’assurance, des fonds de pension et d’autres investisseurs institutionnels. Le défi est de transformer une partie plus importante de cette épargne en financements de long terme pour les entreprises et les infrastructures.

La première condition est de disposer de projets viables, bien préparés et clairement structurés. Il faut également développer les marchés de capitaux, proposer des instruments adaptés aux investisseurs institutionnels et utiliser davantage les mécanismes de garantie et de partage des risques. Les financements bancaires, les marchés financiers, les institutions de développement et les investisseurs privés doivent intervenir de manière complémentaire, afin qu’aucun acteur ne porte seul l’essentiel du risque.

Agence Ecofin : Comment la SFI peut-elle aider les PME à accéder à des financements adaptés à leur croissance ?

Claude Owona : La SFI agit simultanément sur l’offre de financement et sur la préparation des entreprises. Nous accompagnons les institutions financières dans le développement de produits adaptés aux PME, la digitalisation des processus de crédit et l’utilisation de nouvelles sources de données pour mieux évaluer les risques.

En plus d’apporter des financements dédiés permettant d’augmenter les prêts aux PME, nous travaillons également au développement de mécanismes de partage des risques et de garanties susceptibles d’encourager les institutions financières à servir davantage d’entreprises. Du côté des PME, nous soutenons des programmes de renforcement des capacités afin d’améliorer leur gestion financière, leur gouvernance et leur capacité à accéder au financement.

En République centrafricaine, près de 470 TPME ont bénéficié d’un accompagnement en gestion financière entre septembre 2025 et juillet 2026, dont plus de la moitié sont dirigées ou détenues par des femmes. Cette approche est essentielle : accroître l’offre de financement ne suffit pas si les entreprises ne disposent pas également des outils nécessaires pour devenir plus solides et plus bancables.

Agence Ecofin : Quels premiers résultats observez-vous depuis le lancement du Bureau d’information sur le crédit de la CEMAC ?

Claude Owona : Le Bureau d’information sur le crédit constitue une avancée structurante pour la région CEMAC. Mis en place sous l’impulsion de la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) avec l’appui de partenaires techniques, il contribue à renforcer l’infrastructure financière nécessaire à une meilleure évaluation du risque de crédit. À ce stade, il est encore prématuré de tirer des conclusions quantitatives sur son impact. Toutefois, sa montée en puissance devrait progressivement améliorer le partage d’informations entre établissements financiers et contribuer à réduire les asymétries d’information sur le marché.

Pour produire pleinement ses effets, il sera essentiel d’élargir la participation des institutions financières, obligatoire sur un plan réglementaire, et de veiller à la qualité, à la fiabilité et à la régularité des données transmises. Un système d’information sur le crédit efficace permet de mieux évaluer le risque, de réduire les asymétries d’information et de faciliter l’accès au crédit pour les entreprises et les particuliers disposant d’un bon historique de remboursement.

« Les institutions financières peuvent développer des offres davantage adaptées aux réalités des femmes entrepreneures. »

Agence Ecofin : Quelle mesure faciliterait le plus l’accès des femmes entrepreneures au crédit ?

Claude Owona : Il faut agir simultanément sur les produits financiers, les garanties et l’accompagnement. Les institutions financières peuvent développer des offres davantage adaptées aux réalités des femmes entrepreneures et utiliser des méthodes alternatives d’évaluation du risque lorsque les garanties traditionnelles sont insuffisantes.

En parallèle, l’accompagnement en gestion financière, en digitalisation et en accès aux marchés aide les entreprises à renforcer leur capacité à obtenir un financement et à se développer. En République centrafricaine, plus de la moitié des quelque 470 TPME accompagnées entre septembre 2025 et juillet 2026 sont dirigées ou détenues par des femmes. Cela montre l’importance d’associer l’accès au financement au renforcement des compétences et des capacités des entreprises.

« La digitalisation peut réduire les coûts de distribution […] et élargir l’accès au financement au-delà des réseaux bancaires traditionnels. »

Agence Ecofin : Quelle sera la priorité de la SFI auprès des institutions financières en République centrafricaine ?

Claude Owona : La priorité de la SFI en République centrafricaine et plus largement dans la zone CEMAC est d’accompagner, avec les autorités et les acteurs du marché, le développement d’un secteur financier plus inclusif, plus innovant et davantage orienté vers le financement de l’économie réelle.

Nous voulons notamment aider les institutions financières à mieux servir les PME, à développer les services financiers numériques et à améliorer leurs outils d’évaluation du risque. La digitalisation peut réduire les coûts de distribution, rapprocher les services financiers des populations et des entreprises insuffisamment desservies et élargir l’accès au financement au-delà des réseaux bancaires traditionnels.

Cette action s’inscrit dans l’approche intégrée du Groupe de la Banque mondiale. La Banque mondiale contribue à renforcer les institutions, les infrastructures, les politiques publiques et l’environnement des affaires. La SFI intervient en complément pour accompagner les institutions financières, soutenir les entreprises et mobiliser davantage de capitaux privés. L’objectif commun est de transformer ces fondations en activités économiques, en entreprises plus fortes et en emplois durables.

Agence Ecofin : Quelle suite concrète la SFI compte-t-elle donner aux échanges de Bangui ?

Claude Owona : La prochaine étape sera de traduire les priorités identifiées à Bangui en un programme de travail avec les autorités, les institutions financières et nos partenaires. Celui-ci devra notamment porter sur l’accès des PME au financement, la digitalisation des services financiers, l’utilisation des données et les solutions de partage des risques.

La SFI va contribuer à cette mise en œuvre par des investissements ciblés pour les PME, des mécanismes de partage des risques, ses services-conseils et sa capacité à mobiliser d’autres investisseurs. Nous préparons par ailleurs, avec les partenaires concernés, une initiative destinée à favoriser l’adoption du mobile money et d’autres services financiers numériques. Sous réserve des validations et des modalités de mise en œuvre, cette initiative viserait à élargir l’accès aux services financiers pour les populations et les entreprises encore insuffisamment desservies.

Le succès des échanges de Bangui se mesurera aux résultats obtenus : davantage de financements accessibles aux PME, des services financiers plus inclusifs, des entreprises locales plus fortes et davantage d’emplois durables en République centrafricaine et dans la sous-région. C’est sur ces résultats concrets que la SFI souhaite avancer avec les autorités, les institutions financières et ses partenaires.

Sercom

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