Togo : Réalisation d’une cartographie des besoins des entreprises vis à vis de la recherche scientifique
La Chambre de commerce et d’Industrie du Togo (CCI-Togo) a présenté, lors d’un atelier national tenu les mardi 15 et mercredi 16 septembre 2026 à Lomé sur la valorisation de la recherche scientifique, une cartographie des attentes des entreprises togolaises vis-à-vis de la recherche scientifique. La présentation, assurée par Koffi Patale, directeur de l’Unité d’Implémentation des Résultats de Recherche et d’Innovation (UIRRI) de la CCI-Togo, couvre sept filières, six besoins communs et un diagnostic sans ambiguïté sur les lacunes à combler.
On part dans un premier temps d’un paradoxe : si le tissu économique togolais reste à plus de dominé 90 % par des très petites et moyennes entreprises (la cartographie de la CCI-Togo avance même le chiffre de 99,3 % des entreprises formelles, cohérent avec les 99 % relevés par la CNUCED et les 96,9 % documentés par l’IFC pour les « petites entreprises »), ces TPME ne génèrent pourtant que 22 % du chiffre d’affaires du secteur privé formel.
Dans le lot, 85 % des unités économiques opèrent encore dans l’informel.
De même, si la dynamique de création d’entreprises s’accélère (de 5848 immatriculations en 2012 à 13 835 en 2022, selon la CCI-Togo), le tissu reste dominé par des structures peu productives, avec un déficit persistant de compétences techniques et managériales.
« Le tissu économique reste dominé par de très petites structures peu productives, avec un déficit de compétences techniques et managériales, et une culture entrepreneuriale et d’innovation encore insuffisante », a résumé Koffi Patale devant les participants.
C’est sur ce terrain que la CCI-Togo a conduit sa cartographie, croisant les termes de référence gouvernementaux, la stratégie de développement du secteur privé (SDCP 2030), l’étude du Conseil national du patronat avec le PNUD et les données de l’indice mondial de l’innovation de l’OMPI.
L’évaluation de la CCI-Togo fait cependant ressortir sept filières, aux besoins particuliers à combler, du point de vue du privé.
Première filière de l’économie nationale, l’agriculture occupe environ deux tiers de la population active togolaise et contribue à 40 % du PIB. Elle concentre les besoins les plus immédiats : procédés de transformation et de conservation adaptés aux matières premières locales, accès aux normes et certifications pour exporter vers la sous-région et l’Union européenne, financement des chaînes de valeur.
La politique agricole sectorielle 2016-2030 prévoit que la principale source de financement des investissements estimés sera constituée de capitaux privés, à hauteur de 56 % du montant total, adossés au besoin à des schémas de partenariat public-privé, selon le gouvernement.
La filière réclame aussi des passerelles contractuelles avec l’ITRA (Institut togolais de recherche agronomique) et les centres de recherche agronomique.
Rappelons que le Togo figure parmi les principaux exportateurs de soja biologique certifié vers l’Union européenne (UE).
60 à 80 % de la population togolaise recourent aux plantes médicinales. Plusieurs initiatives de biotechnologie développent déjà des médicaments traditionnels améliorés. Les besoins exprimés portent sur le passage du laboratoire à l’homologation (essais cliniques, autorisations de mise sur le marché, standardisation des dosages), et sur des partenariats structurés entre tradithérapeutes, chercheurs et industriels pharmaceutiques.
Énergie : Le taux d’électrification a franchi les 75 % à fin 2025, contre 45,6 % en 2019. La centrale solaire de Blitta, lancée à 50 MWc en 2021, a été portée à 70 MWc en 2025 ; son extension à 100 MWc est en cours et constitue un objectif pour 2026, selon les déclarations officielles du gouvernement. Quelque 70 milliards de FCFA ont été mobilisés au budget 2026 pour la politique énergétique
Les besoins identifiés couvrent les solutions locales de stockage et de maintenance pour le solaire décentralisé, le financement de l’innovation dans les énergies renouvelables et la structuration de la filière autour d’un interlocuteur unique.
TIC et numérique : Le secteur des TIC représente environ 4 % du PIB en 2022, pour un objectif national de 10 %. Plus de 300 startups ont été recensées au Togo, avec plus de 60 investisseurs actifs dans l’écosystème et un taux de pénétration internet de 84,7 % en 2023.
Ces données sont issues de la présentation de la CCI-Togo et n’ont pas fait l’objet d’une étude indépendante publiée par l’institution. Les acteurs réclament du financement d’amorçage en phase post-incubation, un renforcement des compétences en IA et cybersécurité, un cadre réglementaire clair pour la fintech et des passerelles entre laboratoires universitaires et startups.
Environnement, eau, déchets et BTP :
Les besoins couvrent la normalisation et la certification des matériaux de construction locaux ou recyclés, l’accompagnement au changement de perception vis-à-vis des matériaux alternatifs et des solutions de valorisation des déchets plastiques et organiques en matériaux ou en énergie.
L’angle mort de la propriété intellectuelle
En dépit de ces besoins importants et variés, moins de 500 demandes de brevets ont été déposées en 2024 pour l’ensemble des 17 pays membres de l’OAPI. Une part considérable des résultats de recherche produits chaque année au Togo n’est ni protégée, ni identifiée, ni mise en relation avec des partenaires économiques.
« Autrement dit, une part considérable des résultats de recherche produits chaque année au Togo n’est ni protégée, ni identifiée, ni mise en relation avec un partenaire économique capable de les porter au marché », a insisté Koffi Patale.
La première indication géographique togolaise, le riz de Kovié, a été officiellement certifiée le 3 avril 2025 par l’OAPI
Selon le Conseil national du patronat, plus de la moitié des entreprises créées disparaissent avant leur cinquième année d’existence, en partie faute de maîtrise des outils de contractualisation et de protection de leurs actifs immatériels.
Six besoins transversaux, et une plateforme en gestation
Au-delà des spécificités sectorielles, six besoins communs à toutes les filières ressortent de la cartographie : financement adapté au-delà du crédit bancaire classique, maîtrise de la propriété intellectuelle, structuration de passerelles recherche-entreprise, normalisation et accès au marché, interface pérenne entre acteurs et accès à un répertoire vivant des résultats de recherche valorisables.
C’est précisément dans cette perspective que s’est tenu l’atelier des 15 et 16 septembre, organisé par la Direction de la recherche scientifique et technique (DRST) du ministère délégué à l’Enseignement supérieur, avec l’appui de la Commission de la CEDEAO. Quelque 80 participants (chercheurs, responsables de structures de recherche et opérateurs privés) ont travaillé sur les mécanismes de transfert de technologie, les contrats de licence et les bases d’une future plateforme nationale public-privé de valorisation.
La CCI-Togo indique avoir déjà sélectionné 48 innovations à potentiel commercial élevé et formé 45 chercheurs en propriété industrielle. Le précédent programme VaRRIWA, porté par l’AUF, avait généré 25 entreprises et 322 emplois au Togo. L’enjeu est désormais de pérenniser ces acquis dans un cadre institutionnel stable.
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