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Benin/ Crédit aux PME : La BERD mise sur la structuration

Au Bénin, la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD) ne veut pas seulement apporter de nouveaux financements aux petites et moyennes entreprises (PME). Dans le cadre du programme de soutien au secteur privé lancé officiellement mercredi 9 septembre à Cotonou, l’institution entend s’attaquer à un obstacle moins visible : le déficit de structuration qui empêche parfois une bonne idée ou une entreprise en croissance de devenir « bancable ».

L’offre de la BERD prévoit notamment de mobiliser des consultants locaux et internationaux et des ressources de donateurs pour prendre en charge une partie du coût de missions de conseil auprès des PME. Stratégie, organisation interne, gouvernance, gestion financière ou encore digitalisation : l’assistance pourra couvrir différents besoins selon le diagnostic réalisé avec l’entreprise.

Le champ visé est relativement large. Pour ses opérations, la BERD reprend la définition européenne des PME : des entreprises de moins de 250 salariés réalisant moins de 50 millions d’euros de chiffre d’affaires (32,8 milliards FCFA) ou disposant de moins de 43 millions d’euros d’actifs, et qui ne sont pas des filiales d’un grand groupe. Des exceptions existent pour certaines entreprises de taille supérieure, dans la catégorie dite « SME+ ».

« L’accès au financement est un obstacle dont tout le monde parle. Mais l’accès à la bonne expertise, aux bons outils et aux bons systèmes est tout aussi important », a expliqué Dasha Dougans, directrice pays de la BERD au Bénin. Ces outils doivent, selon elle, améliorer la productivité et la gouvernance des entreprises et, à terme, les rendre plus aptes à obtenir des financements.

Le diagnostic trouve un écho auprès des investisseurs locaux. Lors du lancement, Philibert Adankon, directeur des investissements de la Caisse des dépôts et consignations du Bénin, a décrit un marché du conseil encore peu développé. La CDC reçoit, selon lui, des promoteurs disposant d’une idée ou d’un projet industriel intéressant, mais sans études suffisamment abouties pour permettre à un investisseur de s’engager. Après le financement, apparaissent d’autres besoins liés par exemple à la formalisation des procédures internes, à la définition d’une stratégie commerciale ou à la préparation de l’accès au marché.

Dans cette logique, injecter davantage de capitaux dans une entreprise qui n’est pas encore structurée ne règle pas nécessairement ses difficultés. Une croissance trop rapide peut au contraire mettre davantage en évidence des faiblesses que l’entreprise pouvait absorber à une plus petite échelle. Des travaux de la Banque mondiale menés auprès de petites entreprises dans sept économies en développement, dont le Ghana et le Nigeria, montrent que de meilleures pratiques en matière de comptabilité, de planification financière, de marketing ou de gestion des stocks sont associées à de meilleurs résultats en matière de productivité, de ventes, de bénéfices et de survie des entreprises.

« Le conseil ajoute un niveau de sophistication aux entreprises qu’il accompagne », a souligné Nicolas Hernandez-Miyares, directeur associé par intérim chargé du financement et du développement des PME en Afrique subsaharienne à la BERD. Pour un prêteur ou un investisseur, a-t-il expliqué, la qualité du modèle économique, de la stratégie, de la gouvernance ou des états financiers entre directement dans l’analyse d’une entreprise.

Le conseil ne remplace toutefois pas le financement qui constitue le premier des trois piliers de l’offre de la BERD au Bénin, avec le renforcement des capacités et le développement de l’écosystème entrepreneurial. Le besoin de financement des entreprises béninoises est bien réel. Selon l’Enterprise Survey 2024 de la Banque mondiale, 41,9 % des entreprises béninoises considèrent l’accès au financement comme leur principal obstacle. La difficulté est particulièrement marquée chez les petites entreprises : 48,4 % le placent en tête de leurs contraintes et seulement 28 % disposent d’un prêt bancaire, contre 54 % des entreprises de taille moyenne.

La BERD veut donc élargir l’accès au financement en travaillant avec les banques locales, notamment à travers des lignes de crédit et des mécanismes de partage de risque sur certains prêts. Elle prévoit également de développer des instruments de financement des chaînes d’approvisionnement, notamment l’affacturage et l’affacturage inversé. Le troisième volet consiste à renforcer l’écosystème lui-même : banques, associations professionnelles, structures d’accompagnement et surtout marché local du conseil.

« Les micro, petites et moyennes entreprises constituent un maillon essentiel de notre économie. C’est pourquoi le gouvernement accorde une importance particulière au renforcement de la compétitivité et de la résilience de ces entreprises. Le programme lancé aujourd’hui s’inscrit clairement dans cette perspective en combinant financement, accompagnement, conseil et développement de l’écosystème entrepreneurial », a déclaré Awaou Baco, ministre béninoise des Petites et Moyennes entreprises et de la Promotion de l’emploi, estimant que « la BERD apporte une réponse pertinente aux besoins de nos entreprises ».

Devenu pays d’opération de la BERD en juillet 2025, le Bénin compte déjà trois projets signés par l’institution, dont deux opérations publiques avec le fournisseur national d’électricité (SBEE) et la Société de Gestion des Déchets et de la Salubrité (SGDS). Le lancement de l’offre PME doit désormais ouvrir un nouveau front auprès du secteur privé, même si l’institution n’a pas fixé d’enveloppe globale pour ce programme. Plutôt qu’un montant prédéterminé à répartir entre les entreprises, elle entend calibrer ses interventions au cas par cas, selon les besoins, la maturité des projets et ses critères d’intervention.

Sercom

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